Nouvelle – L'étrange atelier du peintre

by - 08:23

 

 

Bonjour à tous ! J'espère que vous allez bien 😊 Aujourd'hui, un petit article "nostalgie" où je partage avec vous une nouvelle écrite en Terminale. Si vous suivez mon parcours d'autrice, vous connaissez peut-être mon premier roman, La Voleuse des toits, un récit de fantasy young adult où se mêlent romance et voyage dans le temps 📖 À l'origine, cette histoire était une nouvelle que j'avais écrite des années plus tôt (pour la petite anecdote, je l'avais rédigée dans le cadre d'un concours d'écriture départemental et mon bébé avait remporté le premier prix 🥰). Quand je me suis lancée dans La Voleuse des toits, je pensais reprendre l'idée principale pour créer un court roman mais, au final, je me suis laissé emporter par les personnages et j'ai hérité d'un énorme pavé ^^

Dans cet article, je vous invite à découvrir ma nouvelle, L'étrange atelier du peintre, telle que je l'avais rédigée quand j'avais dix-sept ans ^^ Mon style a pas mal évolué depuis, ha ha 😅 À cette époque, je souffrais d'une "virgulite aiguë" (je mettais des virgules partout, ahem...) et j'avais une passion pour les phrases à rallonge. Bref, vous verrez bien xD

N'hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous en pensez 😉

 

     "Un silence, si pesant qu’il en devenait palpable, semblait avoir pris possession des ruelles étroites ; la nuit, tel un immense manteau sombre, les enveloppant de son ombre. L’homme vivait dans l’un de ces immeubles aux murs grisâtres, les rideaux de son appartement tirés afin que nul de l’extérieur ne puisse être en mesure de le voir. Celui-ci se savait hors-la-loi, bien qu’il n’ait ni volé, ni tué, ni projeté de le faire, néanmoins son crime, aux yeux des autorités, ne valait guère mieux.

    À la tombée du jour, il devenait ainsi artiste peintre en secret, son atelier clandestin prenant vie dans ce minuscule réduit qu’il osait nommer sa chambre. Son unique toile, qu’un chevalet de fortune soutenait avec peine, se dressait devant lui d’une beauté si parfaite, que l’œil même d’un profane l’eut jugée admirable. 


    La toile, aussi étrange que cela puisse paraître, semblait vivre : la jeune femme représentée, assoupie au pied d’un chêne imposant, saisissait par une telle réalité que l’on crut sentir un souffle s’échapper de ses lèvres entrouvertes. Sa chevelure, couleur miel, formait autour d’elle comme une auréole de lumière. En la contemplant, l’idée même que celle-ci ne puisse être que l’oeuvre d’un homme eut été inconcevable. L’homme pencha la tête, son visage fané par le temps, vers sa toile incomplète. De sa main de maître, son pinceau vint caresser sa surface, les feuilles paraissant alors s’animer, comme soulevées par une brise légère, avec cette même magie dont l’ensemble de la toile semblait être imprégnée.     


    L’homme s’immobilisa brusquement, l’oreille tendue, croyant percevoir le pas rythmé des miliciens, qu’il avait, dans son esprit, si souvent associé à la mort elle-même. Il ne put s’empêcher de pousser un soupir de soulagement, la panique l’abandonnant aussitôt. Ce n’était qu’une fausse alerte, comme toutes les autres d’ailleurs. Il se devait d’agir vite, sentant la menace peser comme un fardeau sur ses épaules. Cela faisait plusieurs mois qu’il risquait ainsi sa vie, redoutant de voir se profiler la silhouette de la milice, son sang se glaçant dans ses veines, lorsque cette pensée venait s’aventurer dans son esprit. Qu’adviendrait-il alors de lui ? Serait-ce la prison ou l’exécution ? Qu’adviendrait-il alors de son rêve…Le rêve de l’enfant de vingt ans qu’il n’avait cessé d’être ? 


    Il se devait de réussir, se répétant inlassablement ces quelques mots tel le refrain oublié d’une vieille chanson.


    Dix années déjà que durait cette dictature. Dix années déjà que la liberté s’était éteinte face à ces décrets que le Gouvernement imposait. Bien sûr, cela s’était fait progressivement. L’homme avait remporté les élections. Personne alors n’avait eu la sagesse d’y reconnaître le monstre, le monstre, qui, aujourd’hui, sévissait impunément. Ses idées, une décennie auparavant, plaisaient, elles avaient conquis le cœur de millions d’habitants en quête de changements. Elles s’étaient au fur et à mesure durcies, sans qu’aucun n’osât intervenir. Afin de privilégier le travail des citoyens, les frontières furent fermées aux étrangers. Personne, désormais, ne pouvait entrer. Bientôt, personne ne put d’ailleurs sortir. Son monde était devenu une prison où tous volontairement s’enfermaient. Il y eut naturellement des mouvements de révolte, ceux-ci furent discrètement étouffés, et les protagonistes disparurent mystérieusement. Les droits s’évanouirent, ne laissant que des devoirs, les décrets se multipliant de jour en jour, réglementant l’existence dans ses moindres détails. Le Gouvernement, déclarant supprimer les inégalités sociales, fit construire des milliers d’immeubles, les appartements semblables les uns aux autres, où les familles furent sommées d’emménager. Les inégalités s’évanouirent, en effet, ainsi que les différences. Les vêtements, eux, furent uniformisés, ils devinrent gris et la population une immense vague terne.


    Un nouveau décret parut, quelques jours plus tard, la censure interdisant à présent toutes formes d’expression : la musique, le cinéma, les livres et l’art disparurent dans le feu. Ainsi que les couleurs. Seul le gris fut autorisé et seul le ciel eut la possibilité de ne pas s’y soumettre. Lui n’était alors qu’un simple fonctionnaire, néanmoins refusant de se fondre dans la masse, il devint peintre en secret, luttant contre cette torpeur qui envahissait les rues.


    Son rayon de soleil se nommait Angèle, leur rencontre s’étant à jamais gravé dans son esprit. Ils n’avaient alors que vingt ans, lorsque leurs regards, pour la première fois, s’étaient croisés à l’ombre de ce chêne, un soir d’été. A ses yeux, elle n’avait cessé d’appartenir à ce monde d’autrefois, où ils étaient libres de marcher dans les herbes hautes, de rire et de chanter, de ce monde en couleurs où ils s’étaient aimés. Angèle était morte. Elle était morte, à l’aurore de cet ordre nouveau pour avoir ouvertement critiqué les actions de Gouvernement. La dette était lourde à payer.


    L’idée de la faire renaître s’était aussitôt imposée à lui, néanmoins il lui avait fallu des années pour enfin réussir à se procurer sa palette de couleurs. Angèle se devait de l’être, son sourire ne pouvant être en noir et blanc. Depuis, s’était-il appliqué à peindre l’un des souvenirs heureux de son cœur meurtri. Tel était son crime : dessiner l’arc-en-ciel dans sa chambre où se lisait ses souffrances. 


    Son regard s’attarda, une dernière fois, sur cette scène à laquelle la magie de sa palette venait de redonner vie, des larmes naissant au coin de ses yeux. Il avait oublié à quel point Angèle pouvait être belle. Non, elle n’était pas de son œuvre, la matérialisation sans doute d’un souvenir puissant, il n’en était guère l’auteur mais l’instrument, l’instrument aussi d’un souhait, celui de s’envoler hors de cette cage. 


    Il reposa son pinceau, sur le rebord de son chevalet. Sa toile était achevée.

    La porte, dans un bruit sourd, céda, délivrant le passage à la milice : sept hommes armés, vêtus d’uniformes gris, pénétrèrent dans la pièce, raides tels des pantins dans lesquels la vie aurait été miraculeusement insufflée. Leur informateur ne les avait pas trompés, la toile était là. Le peintre, quant à lui, avait disparu, laissant son appartement vide. Nul ne pouvait leur échapper. Sans doute ne tarderaient-ils pas à le retrouver, comme tous ceux qui, auparavant, avaient tenté de fuir. Machinalement, ils s’emparèrent du tableau, refusant d’y accorder une once d’intérêt. Peut-être, dans le cas contraire, auraient-ils remarqué Angèle et sa chevelure miel marchant au bras d’un jeune homme, qui, si étrangement, ressemblait au peintre…"

 

Et vous, amis auteurs, est-ce que vous avez déjà repris une nouvelle pour en faire un roman ? 😉

 

Crédit image : Buse Doga Ay on Unsplash

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